Ou le spectacle de la vie qui s’ignore de Z à A.
Ce projet a commencé à germer dans mon esprit en 1998. Lors de ma dernière année à icart-photo en 1999, il fallait préparer le book de fin d’études et je cherchais un sujet qui correspondait à mes attentes. Or depuis longtemps l’histoire de l’humanité me fascinait, et mes sentiments à la veille de l’an 2000 étaient mitigés entre désolation et espoir. J’ai donc réalisé un premier ABCédaire, partant du Zero et aboutissant à l’Apocalypse afin de raconter cette histoire avec mes propres émotions et ressenti.
En 2006, après 7 ans de repos, je décidais de passer à la version finale du projet. J’ai repris de A à Z les images, supprimant certaines, ajoutant de nouvelles, et restructurant l’ensemble pour aboutir en 2009 à la version présentée aujourd’hui pour la première fois au public. L’ensemble des photos sont faites à la chambre 4×5 et en argentique (EktaChrome) et aucune retouche numérique n’a été apportée aux photographies.
Ce projet s’inscrit dans une démarche artistique qui n’est pas uniquement photographique. En effet, les lettres B et A sont des installations et l’ensemble des 26 lettres forment une œuvre unique qui ne peux se désunir. Ce projet à pour volonté d’amener le spectateur à poser une réflexion sur la vie, la sienne, mais aussi celle des autres. Il n’a de sens que si il est présenté au public dans sa forme finale.
Dans la vie, il y a des étapes, des cycles… et parfois des chiffres qui reviennent comme des synchronicités.
Je suis né un 26 mai 1972.
J’avais 26 ans quand, en 1998, j’ai posé les premières bases de ce projet d’abécédaire inversé.
Aujourd’hui, 26 ans après avoir commencé cette œuvre de 26 lettres, à 26 ans… le cycle se referme.
Et comme une nouvelle synchronicité, le 26 mai 2025, j’ai entrepris de revisiter cette œuvre. Rien ne change : ni les images, ni leurs légendes, ni leur ordre. Ce qui change, c’est le regard que je porte dessus. Car je comprends aujourd’hui que ce que j’ai posé en 1999, je le portais en moi depuis toujours. Découvrez sur la chaine Youtube l’intégralité des 26 lettres commentées avec un regard plus expérimenté.


























Z to A n’est pas, pour moi, une simple série photographique. C’est une traversée. Une marche à rebours. Un chemin de dépouillement où je tente, lettre après lettre, image après image, d’arracher les couches d’illusions qui recouvrent notre condition, jusqu’à approcher un espace nu, vibrant, presque silencieux, où quelque chose comme une révélation pourrait advenir.
En commençant par Z — Zero, je n’entre pas dans un récit linéaire. J’entre dans une origine. Ou peut-être dans une fin. Dans ce point de bascule où le Rien contient déjà le Tout. À partir de là, je remonte — ou je redescends — à travers les strates de l’expérience humaine : la naissance du langage, la tentation du savoir, la fracture entre science et sacré, les dérives du pouvoir, la guerre, le conditionnement, la domestication du vivant, l’ivresse technologique, la perte de sens, puis la lente reconquête de soi.
Chaque lettre est pour moi un seuil. Chaque image, une épreuve. Je ne les ai pas pensées comme de simples représentations, mais comme des surfaces de friction, des pièges symboliques, des objets de passage. Elles prennent parfois la forme d’un miroir, parfois d’un avertissement, parfois d’un talisman. Elles disent toutes quelque chose de notre grandeur et de notre chute, de notre lumière et de notre aveuglement.
Dans cet alphabet inversé, je cherche moins à raconter le monde qu’à le retourner. À montrer ce qui, d’ordinaire, demeure enfoui sous les discours, les habitudes, les apparences. Science et foi, nature et artifice, liberté et asservissement, sagesse et consommation : tout au long du parcours, ces oppositions se croisent, se heurtent, se contaminent. Rien n’est pur. Rien n’est simple. Et c’est précisément dans cette tension que je cherche une vérité possible.
Puis vient un moment où l’œuvre cesse d’être seulement critique. À partir de L — Labyrinth, de K — Karma, de J — Justice, de I — Initiation, quelque chose bascule. Le regard n’est plus seulement tourné vers le monde : il est renvoyé vers l’intérieur. Le chemin devient initiatique. Il faut choisir, traverser, renoncer, comprendre, se délester. Il faut accepter de ne pas sortir intact de ce voyage.
Avec C — Choice, il y a le seuil. Avec B — Be, il y a le face-à-face. Et avec A — Apocalypse, il n’y a plus d’image. Ce vide n’est pas une absence. Il est, au contraire, l’aboutissement de tout le reste. Il est ce moment où l’image extérieure se retire pour laisser place à une vision plus intérieure, plus nue, plus essentielle. Car la révélation ne peut pas toujours se montrer. Il arrive un point où elle doit être vécue.
C’est peut-être cela, au fond, que je poursuis avec Z to A : non pas démontrer, mais conduire. Non pas expliquer, mais ouvrir. J’ai voulu construire un abécédaire à l’envers pour obliger le regard à sortir de ses automatismes, pour faire vaciller la logique du commencement et de la fin, et pour rappeler que la lucidité ne se donne jamais d’un seul bloc. Elle se conquiert. Elle se mérite. Elle passe par l’épreuve, par la perte, par le doute, par le dépouillement.
La dernière image n’existe donc pas encore pour celui qui regarde. Ou plutôt : elle n’existe qu’en lui, au moment où il devient capable de la recevoir. C’est là que l’œuvre, pour moi, trouve son véritable lieu. Non pas seulement sur un mur, dans une galerie, dans un livre ou sur un écran, mais dans l’espace intime de celui qui accepte d’aller jusqu’au bout du chemin.
Au fond, Z to A ne s’achève pas avec la lettre A.
Il s’achève au moment précis où un voile se lève pour tout reprendre à Zéro….