En juin 2009, à l’occasion d’un déplacement professionnel pour un reportage photographique, je me rendis au cœur d’une splendide forêt millénaire, à la chartreuse de Valbonne. Un monument historique du XIIIe siècle, niché entre les gorges de l’Ardèche. Le lieu impose immédiatement quelque chose.
Le silence. La pierre. Le temps. Et cette sensation étrange que certains murs ont vu bien plus que ce qu’ils consentent à montrer. Dans l’église conventuelle, derrière le cloître, se trouvait un banc des ministres. Un banc de bois, patiné par le temps, usé par les présences successives, par les corps venus s’y adosser, s’y reposer, s’y recueillir. La communauté des moines, suivant la règle de saint Bruno, vécut dans ce monastère jusqu’en 1901. Et l’histoire du lieu, comme souvent, mêle le meilleur et le moins bon.
Grâce aux nombreuses donations qui leur furent faites, les Chartreux se retrouvèrent rapidement à la tête de vastes domaines dans la région. Leur richesse, leur rayonnement, leur réputation d’intercesseurs auprès de Dieu, mais aussi leur œuvre de charité, qui redistribuait une grande partie des dons aux plus nécessiteux, ne pouvaient que susciter jalousie et convoitise de la part de puissants voisins.
Les conflits avec le prieuré Saint-Pierre de Saint-Saturnin-du-Port, aujourd’hui Pont-Saint-Esprit, en furent l’une des illustrations. Aujourd’hui, la chartreuse de Valbonne est à la fois un lieu d’accueil et un lieu touristique. Mais les lieux gardent la mémoire. Toujours. Et certaines traces du passé, invisibles au regard ordinaire, semblent encore présentes au-delà même de ce que les hommes veulent bien admettre.
En observant les dossiers de bois du banc des ministres, quelque chose s’imposa à moi.
Des formes. Des présences. Des visages presque. Mon imaginaire créatif y reconnut vingt-deux démons. Vingt-deux empreintes surgies de la matière, comme si le bois avait conservé la mémoire obscure de ce que toute histoire humaine porte en elle.
La lumière me permit de les révéler. Non pour céder au sensationnel. Mais pour rappeler une chose plus ancienne, plus profonde, plus universelle. Le bien et le mal ne sont jamais totalement séparés.
Ils cohabitent. Ils se frôlent. Ils s’impriment parfois jusque dans la matière. Et c’est de cette rencontre qu’est née cette série :
22 Démons.
Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
Elle était au commencement avec Dieu.
Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.
En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.
Boitier : Nikon D300
Traitement post-production : solarisation via PSD


















